
Les courroies dites "semi-croisées"

Les turbines de tous les moulins de France se trouvaient équipées de couples coniques dont les dents du pignon d'attaque étaient des pièces rapportées et réalisées en bois dur, souvent du chêne vert ou du cormier.

Pour un usage intensif, l'entretien de ces couples coniques demandait de l'attention et de l'oreille pour détecter la moindre anomalie avant que celle-ci ne traduise une grosse panne. La réparation de ces dentures, et surtout leurs ajustements, s'avérait une tâche longue et difficile.
A cette époque, l'architecture des turbines et des moulins ne permettait pas l'utilisation de transmissions par courroies du fait que leurs arbres respectifs n'étaient pas parallèles mais orthogonaux.
A la suite de l'une de ces pannes, dans les années quatre-vingt, un de nos client meunier a eu envie de remplacer ces engrenages d'une autre époque.
Pour transformer ces transmissions, il a fait appel à un de ses amis, alors ingénieur à la division des courroies plates et bandes transporteuses chez Klébert Colombe. C'est donc suite à cette rupture de pignon et suivant l'étude réalisée par son ami que la première courroie dite "semi-croisée" a vu le jour en remplacement des pignons coniques.
La Société Klébert Colombe produisait des courroies plates réalisées sur mesure. Elle enroulait une ficelle de nylon sur un mandrin cylindrique représentant la longueur voulue de la courroie qui devenait son âme pour être ensuite vulcanisée et enrobée de caoutchouc. D'après l'ingénieur, ce type de courroie pouvait supporter ce montage particulier.
De son côté, notre client a démonté le couple conique cassé et a monté une poulie plate sur l'arbre de la turbine. Il a modifié également le palier supérieur de la turbine où une butée et un roulement à rouleaux ont avantageusement remplacé le palier lisse et la butée à miroir. Cette modification devenait nécessaire pour supporter l'effort de tension de la courroie.
Un arbre intermédiaire (aussi appelé contre arbre) a été installé en remplacement de l'arbre horizontal du couple conique mais parallèlement à celui-ci, ainsi que deux galets qui permettent de coucher la courroie pour la faire passer d'un axe vertical à un axe horizontal. Ces galets accroissent considérablement l'enroulement de la courroie sur les poulies et augmentent de ce fait la puissance transmissible.
Le résultat ne se fit pas attendre : plus de bruits, plus aucunes vibrations, plus d'entretien journalier et un rendement beaucoup plus élevé... Tout ce dont pouvait rêver le meunier.
Ce moulin étant équipé de quatre turbines, notre client fit immédiatement la modification des trois autres machines. Ce sont donc quatre transmissions par courroies "semi-croisées" qui ont tourné pendant plus de vingt ans dans ce moulin, avec une durée de vie supérieure à 15 ans... L'une d'elle n'ayant même pas encore été remplacée quand le Moulin à cessé de faire de la farine en 2003.
Lorsque nous avons modifié ces turbines pour mettre en place la microcentrale, notre client, dans un souci d'authenticité, a voulu conserver ses transmissions "semi-croisées" uniques comme multiplicateur. Nous avons pris contact avec la Société Texrope, celle-ci nous a fourni des courroies un peu différentes, leurs âmes ne sont pas faites d'un seul fil de nylon mais de plusieurs boucles juxtaposées qui conviennent également à cette utilisation un peu atypique.
Au mois de mai 2006, la microcentrale de notre client était inaugurée officiellement et ses courroies "semi-croisées" sont reparties pour de longues années de bons et loyaux services.
